Anda Apalga, voyage en Amérique du Sud

Difficultés des femmes du Valle Alto et action de la COMUVA

11:43, mer 30 avril 2008 .. Publié dans Bolivie .. 0 commentaires .. Lien

Les campagnes des Andes Boliviennes sont marquées par une grande pauvreté, qui touche en 1er lieu les femmes, les personnes âgées et les enfants. Depuis de nombreuses années cette situation a entraîné une forte migration vers les villes et les pays occidentaux. Ce phénomène déséquilibre les familles et conduit à un manque de repères pour les jeunes et à la perte de la culture et des valeurs traditionnelles Quechuas, encore aggravée par les mirages de la civilisation occidentale et par le racisme envers les indigènes, notable en Bolivie.

Dans cette situation, les adolescents manquent souvent d'encadrement, ce qui soulève de nombreux problèmes, notamment celui de la santé sexuelle et reproductive. Les jeunes Boliviens reçoivent peu ou pas d'éducation sexuelle et sont même les moins bien informés d'Amérique Latine à ce sujet (seuls 74% d'entre eux connaissent une méthode de contraception). En conséquence, en Bolivie 25% des femmes enceintes ont moins de 20 ans et les grossesses de jeunes de 15 ans sont nombreuses. Les maladies sexuellement transmissibles se répandent de manière incontrôlée, le SIDA explose de façon exponentielle, quand nombre de personnes pensent que la maladie peut se contracter en parlant à une personne atteinte. Cette maladie était presque absente des campagnes il y a quelques années, elle y a été introduite récemment, notamment par les hommes ayant émigré.

Les femmes sont les 1ères victimes de ce phénomène, elles subissent toutes les conséquences d'une grossesse indésirée alors qu'elles sont adolescentes : dans la majorité des cas leur partenaire n'assume pas sa paternité et leurs familles ne les soutiennent pas, voire les accablent ou les chassent. L'avortement est illégal et mal considéré, mais fréquemment pratiqué clandestinement, avec tous les dangers que cela suppose. Il y a beaucoup de mendiants en Bolivie, surtout des vieilles femmes, mais aussi des jeunes mères avec leurs enfants en bâs âge.

Un suport du programme de Bi alphabétisation

La COMUVA lutte depuis le début de son existence contre l'analphabétisme, très fréquent chez les femmes des campagnes et le manque d'éducation en général. Elle conduit des programmes d'alphabétisation en Quechua et espagnol, visant à la revalorisation de la culture Quechua. Les supports d'éducation permettent d'aborder des sujets variés et d'informer les femmes sur leurs droits, la santé sexuelle et reproductive, la nécessité de s'imposer davantage dans cette société patriarcale, de lutter contre le machisme qu'elles transmettent à leurs enfants en les éduquant... Les femmes améliorent ainsi leur estime de soi et leurs conditions de vie.

Près de 2000 personnes dans 12 communes assistent à ces formations, des femmes en majorité, mais aussi des hommes. La formation est lente, les progrès n'étant pas si rapides chez une personne adulte, mais le programme, lancé en 2002, porte déjà ses fruits.




Le CATCOPA et la perspective du commerce équitable

11:19, mer 30 avril 2008 .. Publié dans Bolivie .. 0 commentaires .. Lien

Le CATCOPA est le centre de transformation et commercialisation des produits agricoles de la COMUVA (Coordinadora de Mujeres del Valle Alto). Les menbres de la COMUVA y regroupent les produits issus de l'agriculture familiale qui n'ont pas été consommés et les transforment et condicionnent pour la vente. La COMUVA produit une vingtaine d'articles, tous conçus artisanalement dans un local unique. La farine de maïs ou de blé est moulue et ensachée à la main, de même que les pâtes sèches, les champignons déshydratées, etc. Cette situation de production limite la quantité produite et ne permet pas de respecter certaines normes.

L'ONG Aynisuyu et l'AOPEB (Association de Producteurs Ecologiques de Bolivie) aident actuellement la COMUVA à adopter certaines normes indispensables à la commercialisation à plus vaste échelle et à améliorer les emballages des produits. Mais le manque d'espace est un frein majeur à la production : la COMUVA n'a pas les moyens financiers de louer un local plus grand, permettant d'isoler les productions pour répondre aux normes d'hygiène et de mécaniser certaines tâches pour augmenter les volunes produits. La COMUVA ne peut actuellement satisfaire toutes les demandes, en raison de ces limites. Le système de production fonctionnant bien actuellement, une recherche de financement va être lancée dans ce sens.

Grâce à l'appui de l'AOPEB, qui lui offre de nouveaux canaux de commercialisation, la COMUVA  peut vendre ses produits à l'échelle nationale. Elle est aussi présente à la foire internationale de Cochabamba, ce qui lui a rapporté 3000bs (moins de 300€) en 2007. Cette somme représente le principal revenu du CATCOPA : c'est dire si l'organisation fonctionne avec de faibles sommes. Pourtant les actions réalisées paraissent très concrètes, complètes et efficaces. Une fois perfectionné le système de production, la COMUVA envisage d'exporter, par exemple par le biais du commerce équitable. La production écologique permet de l'envisager, mais la voie reste longue et cette idée tient plus de l'idéal à l'heure actuelle.

http://www.aynisuyu.net/coordinadora.htm

 




Agriculture et écologie dans le Valle Alto (Cochabamba)

08:55, mar 22 avril 2008 .. Publié dans Bolivie .. 0 commentaires .. Lien

Les habitants du Valle Alto vivent majoritairement de l'agriculture. Les cultures sont principalement vivrières, destinées à la consommation locale et si possible à la vente. Les principales cultures sont, en fonction de l'altitude, le maïs, les pommes de terre et le blé. Les pêches produites en quantités sont destinées à la vente. Toutes ces cultures, en particulier les vergers sont attaquées par divers ravageurs, contre lequels les paysans luttent avec des pesticides. Les engrais apportés au sol sont également de provenance industrielle, la tradition du compost, du fumier ayant été abandonnée.

Les conséquences de ces méthodes "modernes" de culture héritées de la Révolution Verte sont catastrophique pour les paysans et pour l'environnement. La réglementation Bolivienne étant moins stricte que celle de l'Union Européenne, les paysans boliviens utilisent nombre de produits interdits en Europe, en raison de leur forte toxicité pour l'homme ou l'environnement. En général ils n'utilisent pas les protections adaptées lorsqu'ils diffusent ces produits : sans masques, sans combinaisons, ils s'intoxiquent et souffrent de nombreux dysfonctionnements (migraines, vomissements, allergies, problèmes de peau). Les enfants aident souvent leurs parents dans les champs et peuvent donc également être affectés. Les produits chimiques sont stockés dans les maisons sans précaution particulière, de sorte qu'il y a des problèmes d'intoxication voire de suicide par consommation directe des pesticides.

Les conséquences pour l'environnement sont peu évaluées  mais certainement pas anodines puisque les bidons vides sont souvent jetés dans la nature sans aucun traitement. Bien sûr l'utilisation des produits en elle même a également un impact sur l'eau et la biodiversité, dont les habitants ont constaté qu'elle diminuait chez les oiseaux et les insectes. Le sol se dégraderait également après des années d'application de produits chimiques et de méthodes de cultures inappropriées.

Groupes de femmes des communautés qui transmettent la formation

La proposition de la Coordinadora de Mujeres del Valle Alto face à cette situation est de former aux techniques de l'agriculture écologique, de sensibiliser les familles à ces problèmes et à l'importance d'une alimentation variée apportant des fruits et légumes. En effet le régime alimentaire des habitants se composent surtout de féculents. Les fruits et légumes sont en général trop onéreux pour les familles si elles ne les cultivent pas elles mêmes et souvent considérés comme secondaires. Les carences alimentaires et problèmes de malnutrition sont nombreux, en particulier chez les enfants.

Préparation d'un engrais naturel

Les formatrices de la COMUVA enseignent donc à des groupes principalement composés de femmes (à priori elles acceptent plus volontiers que leurs époux de changer les pratiques culturales) comment composer et utiliser des pesticides naturels élaborés à partir de plantes locales, employer des produits plus basiques comme le soufre calcique et comment enrichir le sol grâce à des amendements organiques mélanges de plantes et fumier.

Culture de maïs avec et sans engrais

Les résultats sur les cultures et le sol sont à priori plutôt positifs et les légumes ont été réintroduits dans les régimes alimentaires des familles. Les chefs de famille adhèrent peu à peu au changement impulsé par les femmes. L'économie sur les coûts d'intrants est d'environ 60%. La COMUVA  a intégré l'AOPEB (Union de producteurs écologiques de Bolivie) et produit des aliments biologiques.




Rencontre avec la COMUVA : organisation de femmes de Cochabamba

06:11, mar 22 avril 2008 .. Publié dans Bolivie .. 0 commentaires .. Lien

Nous sommes restés près de 10 jours à Cochabamba, 2ème ville de Bolivie, située dans les vallées, entre sierra et selva. La ville est moderne, ne présente pas tellement d'intérêt touristique, mais les habitants sont plus accueillants et souriants qu'ailleurs et le climat est idéal. Nous y avons donc récupéré longuement d'une petite maladie, avant de rencontrer  quelques personnes de la COMUVA : Coordinadora de Mujeres del Valle Alto. Dans cette zone de la province de Cochabamba, les femmes se sont organisées depuis 1990 pour améliorer leurs conditions de vie, leur environnement et préserver leurs traditions.

En effet, le Valle Alto comme beaucoup de territoires boliviens se caractérise par une population rurale indigène, beaucoup de pauvreté et un machisme persistant. Les femmes doivent se battre pour être écoutées lors des prises de décision et souvent ne le font pas, car traditionnellement ce n'est pas leur rôle. Dans ces sociétés rurales, l'homme a la charge des travaux agricoles  et des décisions communautaires, la femme s'occupe entièrement de la maison, des travaux domestiques, des enfants... D'après nos expériences en Equateur et au Pérou, il semble que ce schéma ait la vie dure et reste la règle dans les campagnes. L'importance accordé aux femmes étant moindre, elles souffrent davantage de la pauvreté, de l'analphabétisme, voire de l'exclusion. C'est d'abord à cette situation que les femmes du Valle Alto ont voulu remédier. Elles ont d'abord créé des groupements communautaires plus ou moins informels, avec des petits projets visant à améliorer leurs revenus et leur accès aux soins. Tous ces groupes se sont organisés pour former la COMUVA, à l'échelle du Valle Alto.

logo de la COMUVA

Puis, grâce à l'appui de l'ONG AYNISUYU, la COMUVA s'est renforcé, a trouvé des financements propres et a mis au point 3 projets principaux : un centre de transformation et commercialisation de denrées alimentaires (CATCOPA), un plan de formation à l'agriculture écologique et un programme d'alphabétisation en espagnol et quechua, qui vise également à améliorer l'auto-estime des femmes et leur information concernant leurs droits et la santé.

Formation à la préparation de confitures de pêches, destinées à la vente par le biais du CATCOPA

La COMUVA regroupe aujourd'hui 450 membres affiliés (pricipalement des femmes mais les hommes peuvent également adhérer), emploie 4 techniciens, 6 formatrices, 25 promotrices et dispense des formations gratuites auprès d'environ 2000 personnes. Le bureau directeur est composé de femmes exclusivement. Nous avons pu rencontrer la présidente, Lourdes Vallejo Nina.

La COMUVA fonctionne avec de faibles moyens, venant des cotisations des membres (2bs=0.17cts€), des revenus débutants du CATCOPA et de financements d'organismes extérieurs (Ambassade Allemande, ONG AYNISUYU). Il n'y a pas de capital à l'exception d'une somme servant à louer le local de la COMUVA à Punata.

Les photos  des articles sur la COMUVA viennent de  leur site internet : http://www.aynisuyu.net/coordinadora.htm 




Situation alimentaire en Bolivie

10:17, ven 18 avril 2008 .. Publié dans Bolivie .. 0 commentaires .. Lien

La Bolivie est actuellement le seul pays d'Amérique du Sud classé en situation de crise alimentaire par la FAO, dans la mesure où le pays ne pourrait pas nourrir sa population sans aide extérieure. Dans ce pays, les conditions météorologiques défavorables (sécheresses dans les Andes et inondations dans les plaines Amazoniennes) en 2007 et 2008 représentent la principale cause à l'origine de la pénurie alimentaire. Les cultures qui devraient être actuellement récoltées dans les plaines, maïs et soja principalement, ont été très endommagées par les inondations de 2008. La perte est estimée à 600.000 ha et s'accompagne d'une forte mortalité dans les élevages.

Par ailleurs les Boliviens sont de gros consommateurs de riz (38.29kg/personne/an). Cette céréale est d'ailleurs de plus en plus consommée, au fur et à mesure qu'elle remplace les pommes de terre et le maïs, aliments traditionnels des Andes. La Bolivie produit environ 321.000T de riz par an et doit donc importer une large partie de sa consommation, d'autant plus que les inondations désatreuses ont frappé les plaines de Santa Cruz, province qui produit 70% du riz bolivien. Par ailleurs, ses rendements en riz sont faibles en Bolivie.

Une variété de riz adaptée à la sécheresse, au Pérou.

Le gouvernement d'Evo Morales a pris des mesures pour tenter de limiter l'augmentation des prix sur le marché national. En novembre 2007 il a supprimé les taxes à l¡importation de céréales et a interdit les exportations de grains et de viande bovine. L'inflation annuelle avait en effet atteint les 9.7% en octobre 2007.

Il y a un mois, le gouvernement a également interdit les exportations d'huile destinées à la consommation humaine. La Bolivie exporte en effet de grandes quantités d'huile, en particlulier de palme et de soja. Ces cultures ont remplacé une partie de la forêt Amazonienne mais aussi les cultures vivrières. Qui plus est, le soja est principalement destiné à la consommation du bétail dans les pays du Nord. Cette mesure soulève une forte opposition dans la province de Santa Cruz, principale zone de production d'huile. Les tensions augmentent donc encore avec cette région qui souhaite déclarer son autonomie.

Malgré ces mesures, l'inflation est toujours forte en Bolivie et affecte durement les familles à faible revenu. Cette situation complique encore les choses pour le gouvernement Bolivien, qui traverse une période déjà très difficile.




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